Paris – Face à un concert de protestations internationales, la France défend sa décision de reconnaître un État palestinien, affirmant vouloir « donner raison au camp de la paix ».**
L’annonce faite par le président Emmanuel Macron, jeudi soir, selon laquelle la France reconnaîtra formellement un État de Palestine lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre prochain, a suscité une vague de réactions vives, de Tel-Aviv à Washington. Mais Paris ne vacille pas.
« En reconnaissant la Palestine, la France donne tort au Hamas », a affirmé Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, vendredi matin sur X. « Le Hamas a toujours refusé la solution à deux États. Nous soutenons la paix, pas le terrorisme », a-t-il martelé.
Israël et les États-Unis en désaccord frontal
Côté israélien, la riposte ne s’est pas fait attendre. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dénoncé une décision qui, selon lui, « récompense la terreur ». Il affirme que « les Palestiniens ne veulent pas un État aux côtés d’Israël, mais à la place d’Israël ».
Les États-Unis, alliés historiques d’Israël, ont également condamné cette initiative. Le secrétaire d’État Marco Rubio l’a qualifiée de « décision imprudente qui ne fait que servir la propagande du Hamas ». Ironique, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a raillé la démarche française en suggérant que le futur État palestinien pourrait se situer… sur la Côte d’Azur.
Une décision critiquée jusqu’en France
Sur le territoire national, Emmanuel Macron se heurte à une levée de boucliers, notamment de la part de la droite et de l’extrême droite. Marine Le Pen a dénoncé une reconnaissance « d’un État Hamas, donc d’un État terroriste ». Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) parle d’« une faute morale, une erreur diplomatique et un danger politique ».
Il faut rappeler que la France, forte de la plus importante communauté juive d’Europe (près de 500 000 personnes), avance en terrain sensible sur ce dossier.
Un geste diplomatique à haute portée symbolique
Mais pour l’Élysée, la reconnaissance de l’État palestinien vise avant tout à **rompre l’impasse diplomatique** dans laquelle se trouve le processus de paix israélo-palestinien depuis des années. L’initiative intervient alors que la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, continue de faire rage.
Selon les derniers bilans, 1 219 personnes ont été tuées en Israël depuis le début du conflit, tandis que plus de **59 000 morts** sont à déplorer côté palestinien, d’après les autorités sanitaires de Gaza, chiffres jugés crédibles par l’ONU.
L’urgence humanitaire s’aggrave chaque jour : un quart des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition, selon Médecins sans frontières, qui dénonce « l’utilisation délibérée de la faim comme arme de guerre ». L’Organisation mondiale de la santé évoque même une population « mourant de faim ».
Une diplomatie française en mouvement
Alors que les négociations pour un cessez-le-feu stagnent, Paris entend pousser pour une relance du dialogue. La France coorganisera en septembre, aux côtés de l’Arabie saoudite, une conférence internationale de haut niveau sur la solution à deux États. Elle réunira les chefs d’État et de gouvernement volontaires pour remettre la paix au cœur de l’agenda.
D’ici là, un sommet ministériel est déjà prévu ce lundi à New York. Dans une lettre adressée à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, Emmanuel Macron a réaffirmé l’engagement de la France à « mobiliser tous ses partenaires internationaux ».
L’Europe toujours divisée
La décision française s’inscrit dans un contexte européen contrasté. Si l’Irlande, l’Espagne, la Norvège et la Slovénie ont reconnu l’État de Palestine au premier semestre 2024, d’autres, comme l’Allemagne, restent prudents. Berlin a réaffirmé vendredi qu’une telle reconnaissance n’était « pas envisagée à court terme ».
En septembre, en rejoignant les 142 États qui reconnaissent déjà la Palestine, la France prendra une position symboliquement forte. Reste à savoir si ce geste diplomatique, aussi contesté qu’ambitieux, suffira à infléchir le cours d’un conflit devenu tragiquement structurel.























