Tunis — En lançant une offre spéciale destinée à sa diaspora, avec une réduction de 30 % sur les billets au départ de l’étranger pour la saison estivale, Air Algérie envoie un signal à la fois politique, économique et symbolique : celui d’un pays qui considère ses ressortissants établis à l’étranger comme une force stratégique. La Tunisie aurait tout intérêt à s’en inspirer, et rapidement.
À l’approche de l’été, la question du retour des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) redevient centrale. Chaque année, le même obstacle revient : le prix des billets d’avion devient presque inabordable, en particulier pour les familles nombreuses. Beaucoup hésitent, reportent, réduisent la durée de leur séjour, voire renoncent tout simplement à rentrer au pays. Pourtant, derrière ce simple poste de dépense se joue en réalité bien davantage qu’un voyage de vacances.
Le retour des TRE en Tunisie constitue un levier économique direct, rapide et concret. Lorsqu’une famille installée à l’étranger revient passer quelques semaines au pays, elle injecte immédiatement de l’argent dans l’économie réelle : transport, restauration, cafés, épiceries, artisanat, télécommunications, assurances, loisirs, achats du quotidien, location de logements, carburant, services de proximité, transferts familiaux, excursions, soins, habillement. Chaque arrivée à l’aéroport déclenche une chaîne de dépenses qui profite à de multiples secteurs.
Autrement dit, un billet d’avion plus accessible ne profite pas seulement à la compagnie aérienne ou au voyageur. Il redynamise toute l’économie locale. Il remet en mouvement des circuits de consommation, soutient des milliers de petits commerces, alimente la saison touristique intérieure et apporte un souffle précieux à des régions parfois fragilisées, notamment dans l’intérieur du pays. Pour de nombreuses villes et localités, le retour estival de la diaspora représente une véritable saison économique parallèle.
C’est en cela que l’exemple d’Air Algérie mérite l’attention. Une politique tarifaire ciblée en faveur de la diaspora peut devenir un outil de relance économique saisonnière. Une réduction lisible, temporaire et bien communiquée peut encourager des milliers de familles supplémentaires à franchir le pas. Et derrière ces retours facilités, ce sont des millions de dinars qui peuvent circuler dans les marchés, les commerces, les restaurants, les stations-service, les locations saisonnières et les services du quotidien.
Pour la Tunisie, une telle mesure ne relèverait donc pas d’un simple geste commercial ou symbolique. Ce serait un investissement intelligent, à fort rendement économique et social. Faciliter le retour des TRE, c’est soutenir le pouvoir d’achat des familles tout en créant un effet d’entraînement sur l’activité nationale.
Les pouvoirs publics tunisiens, en coordination avec Tunisair, le ministère du Tourisme, l’ONTT et les départements concernés, gagneraient à étudier sans tarder un dispositif équivalent pour la haute saison. Cela pourrait prendre plusieurs formes : une offre spéciale réservée aux TRE, une réduction sur certaines dates, un tarif allégé pour les familles nombreuses, ou encore des formules combinant transport aérien et avantages sur place. L’essentiel est d’envoyer un signal clair, concret et immédiatement perceptible.
Car la diaspora tunisienne ne demande pas un privilège. Elle attend une politique de retour intelligente. Beaucoup de TRE restent profondément attachés à leur pays, à leurs familles, à leurs villes d’origine, à leurs habitudes et à leur mémoire. Mais cet attachement ne suffit pas toujours à compenser des prix devenus excessifs, surtout lorsque plusieurs billets doivent être achetés en pleine saison.
À un moment où chaque dinar compte, la Tunisie aurait tort de considérer cette question comme secondaire. Aider les TRE à rentrer l’été, c’est non seulement renforcer le lien national, mais aussi faire tourner la roue économique dans les régions, soutenir la consommation, stimuler l’activité et donner de l’oxygène à tout un tissu local.
Si l’Algérie a compris qu’une politique tarifaire bien pensée peut faire revenir sa diaspora tout en dynamisant l’été économique du pays, la Tunisie devrait, elle aussi, passer des discours aux actes.
Faciliter le retour des TRE, ce n’est pas seulement remplir des avions. C’est remettre en mouvement l’économie locale, soutenir les familles, et redonner à la diaspora la place stratégique qu’elle mérite dans la vie nationale.


























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