Pour des milliers de familles tunisiennes, étudier en France a longtemps représenté une voie d’ascension sociale, d’excellence académique et d’ouverture internationale. Mais à partir de la rentrée 2026, cette perspective risque de devenir beaucoup plus difficile à atteindre.
En l’espace de quelques semaines, le gouvernement français a adopté deux réformes qui vont alourdir considérablement le coût d’accès à l’enseignement supérieur pour les étudiants originaires de pays hors Union européenne, dont les Tunisiens constituent l’un des principaux contingents.
D’un côté, un décret du 22 juin 2026 relève de près de 43 % le niveau de ressources financières exigé pour obtenir un titre de séjour étudiant. De l’autre, un décret publié en mai réduit fortement la capacité des universités à exonérer les étudiants étrangers des droits d’inscription différenciés.
Pris séparément, ces textes sont présentés comme de simples ajustements techniques. Ensemble, ils dessinent pourtant une orientation politique claire : réserver progressivement l’accès aux études en France aux étudiants étrangers les plus solvables.
Une hausse brutale des ressources exigées
Jusqu’à présent, un étudiant tunisien devait démontrer qu’il disposait d’environ 615 euros mensuels pour obtenir son visa ou son titre de séjour étudiant.
À compter du 1er août 2026, ce montant sera porté à environ 877 euros par mois.
Pour une année universitaire complète, cela représente près de 9 000 euros de ressources à justifier.
Le gouvernement français justifie cette augmentation par la nécessité d’actualiser un seuil qui n’avait pratiquement pas évolué depuis plus de vingt ans et qui ne correspondait plus au coût réel de la vie en France.
Mais pour de nombreuses familles tunisiennes, dont les revenus restent très éloignés des standards européens, cette nouvelle exigence constitue un obstacle majeur.
« On ne sélectionne plus les étudiants sur leur dossier académique mais sur la capacité financière de leurs parents », résume un responsable associatif tunisien installé en France.
Des frais universitaires déjà très élevés
Cette hausse intervient dans un contexte déjà tendu.
Depuis la mise en place des frais d’inscription différenciés, les étudiants tunisiens paient plusieurs milliers d’euros par an pour suivre des études dans les universités françaises.
Pour l’année universitaire 2025-2026, les droits d’inscription atteignaient :
- 2 895 euros par an en licence ;
- 3 941 euros par an en master.
À titre de comparaison, les étudiants français et européens acquittent respectivement 178 euros en licence et 254 euros en master.
L’écart est considérable.
Jusqu’à présent, de nombreuses universités contournaient partiellement cette politique en accordant des exonérations massives aux étudiants étrangers.
Cette marge de manœuvre est désormais réduite.
La fin progressive des exonérations massives
Le décret de mai 2026 fixe désormais un plafond national.
Les universités ne pourront bientôt exonérer que 20 % de leurs étudiants étrangers des frais différenciés.
Le gouvernement présente cette mesure comme une harmonisation destinée à mettre fin aux disparités entre établissements.
Mais pour les étudiants tunisiens, l’effet concret est simple : moins d’exonérations disponibles et davantage de frais à payer.
Pour beaucoup de familles, le calcul devient redoutable.
Entre les frais universitaires, le logement, l’assurance, les transports et les nouvelles exigences de ressources, le coût d’une année d’études en France atteint désormais plusieurs dizaines de milliers de dinars tunisiens.
Une politique d’attractivité aux effets contradictoires
Cette évolution apparaît paradoxale.
Depuis plusieurs années, Paris affirme vouloir renforcer l’attractivité internationale de son enseignement supérieur à travers les programmes « Bienvenue en France » et « Choose France ».
Dans les discours officiels, les étudiants internationaux sont présentés comme un atout stratégique pour le rayonnement culturel, scientifique et économique du pays.
Mais sur le terrain, les barrières financières se multiplient.
Pour de nombreux observateurs, la France ne cherche plus réellement à attirer davantage d’étudiants étrangers. Elle cherche surtout à attirer des étudiants étrangers disposant déjà d’un niveau de ressources élevé.
Les étudiants tunisiens en première ligne
Cette stratégie touche particulièrement la Tunisie.
La proximité historique, linguistique et culturelle entre les deux pays a fait de la France l’une des destinations privilégiées des étudiants tunisiens depuis plusieurs décennies.
Or ces nouvelles mesures frappent précisément les profils qui constituaient le cœur de cette mobilité : des étudiants brillants issus des classes moyennes, capables de réussir un concours ou d’obtenir une admission universitaire, mais dont les familles ne disposent pas nécessairement des garanties financières désormais exigées.
Le résultat pourrait être une transformation profonde du profil des étudiants tunisiens admis en France.
Moins nombreux, plus aisés socialement et davantage sélectionnés par leur capacité financière que par leurs seuls résultats académiques.
Une réforme universitaire ou une politique migratoire ?
Un élément nourrit enfin les interrogations.
La hausse des ressources minimales n’a pas été portée par le ministère de l’Enseignement supérieur mais par le ministère français de l’Intérieur, dans le cadre du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Pour ses détracteurs, cela révèle la véritable nature de la réforme.
Sous couvert de modernisation administrative, il ne s’agirait pas d’abord d’une politique universitaire mais d’un nouvel outil de contrôle des flux migratoires.
Une lecture contestée par le gouvernement, mais qui risque de gagner du terrain à mesure que les candidats tunisiens découvriront le coût réel de leur projet d’études en France.
Car derrière les décrets et les pourcentages, une question demeure : la France souhaite-t-elle encore accueillir les étudiants tunisiens, ou seulement ceux qui ont les moyens de se l’offrir ?

























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