Les coupures d’électricité qui frappent régulièrement la Tunisie ne sont pas uniquement la conséquence des vagues de chaleur. Elles révèlent surtout les limites d’un modèle énergétique conçu il y a plus de soixante ans. La STEG a accompli une mission historique en électrifiant le pays. Personne ne peut lui retirer ce mérite. Mais les défis d’aujourd’hui ne sont plus ceux des années 1960.
La transition énergétique, le développement massif du photovoltaïque, le stockage par batteries, les réseaux intelligents et l’arrivée de nouveaux investisseurs imposent une profonde réorganisation du secteur. La Tunisie ne doit pas nécessairement copier le modèle français, mais elle aurait tout intérêt à s’en inspirer.
En France, les responsabilités sont clairement réparties.
Le réseau est géré par Enedis pour la distribution et RTE pour le transport. Les fournisseurs commercialisent l’électricité, tandis que les producteurs investissent dans les moyens de production. Cette spécialisation permet à chaque acteur de se concentrer sur son cœur de métier.
La Tunisie pourrait engager une réforme similaire autour de quatre piliers.
Le premier serait de transformer la STEG en un véritable gestionnaire national des réseaux électriques et gaziers. Sa priorité deviendrait la modernisation des infrastructures, la sécurité d’approvisionnement, la maintenance des lignes, le déploiement des compteurs intelligents et l’intégration des énergies renouvelables.
Le deuxième pilier consisterait à créer un Opérateur National du Photovoltaïque et des Énergies Renouvelables, placé sous l’autorité du Premier ministre. Sa mission serait d’accélérer le développement des centrales solaires, des batteries de stockage, de l’éolien, de l’hydrogène vert et des grands projets stratégiques. Cette structure travaillerait en coordination avec les ministères concernés et la STEG, avec une gouvernance orientée vers les résultats.
Le troisième pilier serait l’ouverture encadrée du marché aux investisseurs privés. Les entreprises tunisiennes et internationales pourraient financer, construire et exploiter des centrales photovoltaïques, des installations de stockage ou des micro-réseaux, dans un cadre réglementaire transparent garantissant l’intérêt général.
Enfin, une autorité de régulation totalement indépendante devrait veiller au bon fonctionnement du marché, à la transparence des tarifs d’accès au réseau, à la protection des consommateurs et à l’équilibre entre les opérateurs publics et privés.
Cette réforme permettrait à l’État de conserver le contrôle des infrastructures stratégiques tout en mobilisant les capitaux privés indispensables pour accélérer la transition énergétique.
L’électricité est un secteur stratégique. Elle ne peut être abandonnée aux seules lois du marché. Mais elle ne peut plus non plus reposer sur une entreprise publique qui assume seule la production, le transport, la distribution, la commercialisation, les investissements et les contraintes financières.
Le temps est venu de passer d’un modèle intégré à un modèle coordonné. La Tunisie possède un atout exceptionnel : un soleil abondant, une position géographique stratégique aux portes de l’Europe et des compétences reconnues dans le domaine de l’énergie.
Avec une gouvernance modernisée, des investissements massifs et une vision à long terme, notre pays pourrait non seulement atteindre son indépendance énergétique, mais aussi devenir un exportateur d’électricité verte et un acteur majeur de l’hydrogène vert en Méditerranée.
La véritable question n’est donc plus de savoir si la réforme est nécessaire. La question est de savoir si la Tunisie aura le courage politique de transformer son potentiel énergétique en moteur de développement économique, d’emplois et de souveraineté nationale.
Je renforcerais même votre proposition avec un cinquième pilier : la création d’un Fonds souverain tunisien pour la transition énergétique, alimenté par l’État, les bailleurs internationaux (Banque mondiale, BAD, BEI, etc.) et les investisseurs privés. Ce fonds financerait les infrastructures électriques, les batteries, les interconnexions et les projets photovoltaïques stratégiques. Une telle architecture donnerait à la Tunisie une vision industrielle complète, au-delà de la seule réforme de la STEG.
Par Issam Hannachi

























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