Le gouvernement islamiste d’Ennahda poursuit son hégémonie sur l’administration tunisienne ainsi que sur la majorité des entreprises du secteur public, tous domaines confondus. Cette fois-ci, Ennahda s’attaque à un gros morceau : l’un des fleurons de l’économie tunisienne, la compagnie aérienne Tunisair. La compagnie a enregistré en 2012 une augmentation de son chiffre d’affaires de 19 %, atteignant 1 165 300 dinars tunisiens.
Un proche de Jebali pressenti pour prendre la tête de Tunisair
Selon nos sources, l’actuel PDG de l’OACA (l’Office de l’Aviation Civile et des Aéroports), Salah Gharsallah, serait pressenti pour prendre la succession de l’actuel PDG de Tunisair, M. Rabah Jrad. Salah Gharsallah a été ancien conseiller spécial à l’économie auprès de l’ex-chef du gouvernement islamiste Hamadi Jebali, avec lequel il entretient par ailleurs un lien familial : les deux hommes sont mariés chacun à l’une des deux sœurs.
M. Gharsallah est également très proche de l’homme d’affaires saoudien Cheikh Salah Abdallah Kamel, l’un des premiers investisseurs arabes à s’être établis en Tunisie, où il réalise des projets depuis plus de trente ans dans plusieurs secteurs économiques.
L’investisseur saoudien avait déclaré, lors d’une rencontre avec l’ex-chef du gouvernement Hamadi Jebali à Jeddah en février 2012, que « la Tunisie dispose de tous les attributs d’un investissement sûr », ajoutant « qu’il s’attend à un accroissement des investissements saoudiens en Tunisie au cours de la prochaine période ».
Des titres contestables
C’est dans ce contexte que le site African Manager publiait une information intitulée « C’est officiel, l’État lâche Tunisair, bientôt en cessation de paiement », aussitôt suivi d’un communiqué de la compagnie nationale rappelant qu’elle avait toujours honoré ses engagements. Le même jour, M. Gharsallah accordait une interview à l’agence Tunis Afrique Presse.
Dans cette interview, M. Gharsallah préconise l’assainissement de la situation financière et sociale de Tunisair, qu’il qualifie d’« affaire nationale ». Il ajoute que « la compagnie est appelée à accorder au volet commercial l’importance requise, à travers la conclusion de partenariats stratégiques et des alliances avec de grands transporteurs aériens tels qu’Air France, Qatar Airways et Fly Emirates ».
Une déclaration étonnante de la part d’un responsable qui siège déjà au conseil d’administration de Tunisair : la compagnie aérienne nationale est en effet allée avec le groupe Air France-KLM et Delta Air Lines depuis 1999, et avec la compagnie allemande Lufthansa depuis 1995. Tunisair est par ailleurs membre, depuis novembre 2006, d’ARABESK, une alliance aérienne pan-arabe composée de neuf compagnies aériennes nationales.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Sur son profil LinkedIn, M. Gharsallah se présente comme « Expert-comptable, maîtrisard en Finance et Comptabilité (Certificat de Révision Comptable) ». Or, à la suite de notre demande de vérification auprès de l’Ordre des Experts-comptables tunisien, son nom n’apparaît nulle part dans les registres de l’Ordre. M. Gharsallah est, selon nos informations, comptable de formation — ce qui n’est pas la même chose qu’expert-comptable, titre réglementé dont l’usage est réservé aux seuls membres inscrits à l’Ordre.
Tunis Tribune a sollicité une réaction de M. Gharsallah ainsi que du ministère de tutelle. Sans réponse à l’heure de la publication.























