Tunis,- Plusieurs journalistes ont dénoncé des actes de violence et des exactions commis par des partisans du mouvement Ennahda lors d’un rassemblement organisé par le parti islamiste samedi dans le centre de la capitale.
La plupart des journalistes ont été confrontés à des difficultés et à un harcèlement permanent alors qu’ils couvraient la marche, dont un journaliste et un photographe de la principale agence de presse allemande (DPA).
Plusieurs femmes-journalistes, mais aussi des partisanes du mouvement ont été victimes d’attouchements et d’agressions sexuelles lors de cette manifestation de force.
Des journalistes ont également été empêchés de s’approcher de l’estrade où le président du mouvement, Rached Ghannouchi, s’est adressé à ses sympathisants, ajoute l’agence allemande.
« J’ai été victime de violences physiques et verbales de la part du soi-disant comité d’organisation d’Ennahda qui m’a empêché de faire mon travail, où on nous a refusé de photographier et de s’approcher de la plate-forme», a déclaré Khawla Boukarim, rédactrice en chef du média Expos et correspondante du site libanais Darraj.
« Certains nous ont traités de médias de la honte, et nous avons été violentés au nez et à la barbe des forces de sécurité qui n’ont pas réagi et n’ont rien fait pour arrêter cela.
Mohamed Amine Hammadi, photographe travaillant pour plusieurs chaînes d’information internationales, a déclaré que certains partisans du parti islamistes l’ont traité d’infidèle, « c’est une honte ».
« Il y a eu des provocations tout au long de la couverture de cette marche, ont s’est abstenues de répondre pour que les choses ne se dégénèrent pas », a-t-il déclaré à DPA.
Le correspondant de France24, Noureddine Mbaraki, a également affirmé avoir été harcelé, insulté et provoqué.
La liberté d’expression et de la presse sont des acquis majeurs pour les Tunisiens après le soulèvement de 2011 qui a mis fin au régime de Ben Ali, mais le secteur reste menacé par des abus continus dans un système juridique très fragile.
DPA a pu constater de graves violations à grande échelle qui équivalaient à du harcèlement sexuel lors de la marche d’Ennahda, selon des témoignages recueillis auprès de plusieurs journalistes.
« Mes collègues journalistes m’ont dit qu’ils avaient été harcelés sexuellement et avaient subies des abouchements sexuels », a déclaré Boukrim.
« Les membres du comité-organisateur m’ont empêchée de monter sur la tribune et j’ai été prise au piège jusqu’à l’étouffement, certains d’entre eux s’y sont délibérément collés, et quand j’ai demandé à quelqu’un un peu de respect et d’arrêter ces pratiques qui équivalaient à du harcèlement, il m’a répondu que je n’avais qu’à aller rejoindre les rangs réservés aux femmes », a déclaré Jihane Alouen, journaliste à la Radio nationale.
« L’une des partisanes du mouvement islamiste m’a dit littéralement : « Vous êtes les médias de la honte. Nous vous donnons notre argent et vous nous insultez sur vos plateformes. »
Une journaliste nous a déclaré sous couvert de l’anonymat : « Qu’il y a eu une poussée délibérée des membres du comité organisateur à des attouchements délibérées à des endroits sensibles de mon corps, » ajoute l’agence DPA.
Le Syndicat des journalistes a publié un communiqué condamnant « les attaques systématiques contre les journalistes par les partisans du mouvement islamiste Ennahda».
Le communiqué ajoute qu’il compte « poursuivre en justice tous les agresseurs, dirigé par le comité d’organisation, qui a exercé une fonction de milice, violant les lois garantissant la liberté de travail journalistique ».
L’agence de presse allemande, DPA a cherché à joindre des responsables du parti islamistes, sans succès.

























